Liu Fang
La tête légèrement renversée en arrière, les paupières closes, ses doigts caressent, pincent ou frottent les quatre cordes de son instrument avec passion. Lorsqu'elle joue du pipa, la musicienne chinoise remet 2000 ans d'histoire en jeu, 3000 lorsqu'elle passe au guzheng. Les répertoires n'ont cessé de s'enrichir depuis ces époques mais ils furent également amputés par les guerres et, plus récemment, par la révolution culturelle des communistes chinois qui voulait faire table rase du passé. Fille du peuple Bai, native de la province du Yunnan qui jouxte le Laos, le Vietnam et la Birmanie, Liu Fang a commencé son apprentissage du pipa à 6 ans, avec un instrument offert par sa mère, actrice d'opéra traditionnel. A neuf ans, elle donne son premier concert et à onze, elle exécute un solo de son cher instrument devant la reine Elisabeth d'Angleterre. Nous sommes en 1985, Liu Fang ne va pas tarder à rejoindre le conservatoire de Shanghaï puis, ayant rencontré l'homme de sa vie, elle va le suivre à Berlin et au Canada. Là, Liu Fang trouve une terre d'accueil qui lui permet de perpétuer son art, d'asseoir sa virtuosité mais aussi de la confronter à celle d'artistes venus d'autres cultures, avec lesquels elle bâtit des ponts dans un alliage inédit. Sur son album, La route de Soie, œuvre magnifique orchestrée par la journaliste Caroline Bourgine, elle croise son univers avec ceux du joueur de kora Ballaké Sissoko, du oudiste algérien Alla ou d'Henri Tournier, flûtiste élève du maître indien de bansuri Hariprasad Chaurasia. Seule ou avec ses invités, Liu Fang puise dans des œuvres classiques qui traversent les siècles et les régions de Chine, mais profite aussi de l'énergie inédite de l'instant pour réinventer le monde.
Benjamin MiNiMuM
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